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L'improvisation en France

 

L’improvisation, si elle est pour le théâtre une source fondamentale, est devenue depuis peu de temps une pratique artistique à part entière.

L’histoire nous montre que l’on retrouve l’usage de l’improvisation dans plusieurs formes théâtralisées, que ce soit dans la Commedia dell’arte ou dans des formes ancestrales de joutes oratoires. Mais ce n’est qu’au XXe siècle qu’apparaît l’improvisation théâtrale en tant que forme pure de spectacle, notamment avec l’école américaine (Viola Spolin, Keith Johnstone) et l’école francophone (Robert Gravel).

L’improvisation devient alors une forme de spectacle qui ne s’appuie sur aucune dramaturgie écrite, si ce n’est le cadre dans lequel elle s’inscrit (exemples : règlements dans le match d’improvisation, ou « formats » pour définir le processus que les comédiens doivent suivre).

Ces nouvelles formes de spectacle ont trouvé un écho au niveau des pratiquants comme des publics. La forme même du spectacle d’improvisation théâtrale, qui unit le comédien et le spectateur dans un espace-temps délimité avant lequel il n’y avait rien et après lequel ne demeure qu’un souvenir, a trouvé une place nouvelle dans le champ des pratiques et des consommations artistiques.

Pour l’acteur, qu’il soit jeune débutant ou professionnel confirmé, l’improvisation théâtrale offre un espace d’expression unique, sans autre limite que celle de sa propre écriture. Quant au spectateur, il assiste en direct à la création d’un monde de tous les possibles, mais il voit surtout son frère humain se mettre en urgence créatrice, devenant par le fait le héros de ce qui se joue.

Depuis le début des années 80, l’essor de l’improvisation théâtrale est exponentiel. On recense des centaines d’Improv’Groups dans le monde, issus de l’école américaine de Keith Jonhstone et de son Theatresports. Depuis 1977, date de création du Match d’Improvisation par Gravel et Leduc, les ligues d’improvisation ont fleuri dans les pays francophones, hispanophones et italophones.

De ces deux courants sont nés une multitude de projets, de formes nouvelles, d’expériences créatrices et de nouveaux formats.

 

Le développement français

 

En France, c’est par le match d’improvisation que l’improvisation théâtrale est arrivée. Importé en 1981 par le Théâtre de l’Unité, ce jeu québécois aux règles si sportives a commencé à se répandre avec la création de la Ligue d’Improvisation Française, puis via des ligues régionales, et enfin des ligues amateurs. Plusieurs projets socio-éducatifs se sont agrégés à cette dynamique, dont le plus emblématique fut celui développé par la ville de Trappes à partir de la fin des années 80. Le match d’improvisation, dont les règles imposent, comme en sport, l’échange, a permis un maillage du territoire, et a donné lieu à des événements majeurs comme les championnats du monde professionnels en 1986, 1998 et 2001, ou amateurs en 1997.

Avec les années 2000, cette expansion a pris une nouvelle dimension. Si le nombre de ligues professionnelles s’est assez vite stabilisé autour d’une dizaine, celui des ligues et des troupes amateurs a explosé. Le match d’improvisation a suscité un engouement incroyable dans les pratiques amateurs. Avec son approche théâtrale ludique, sa dynamique de l’échange, sa liberté créatrice assumée et tous les bienfaits psychologiques qu’elle génère, cette pratique répond à des attentes très contemporaines.

Nombre de ligues, des plus anciennes aux plus récentes comptent aujourd’hui entre 50 et 60 membres actifs et refusent chaque année du monde ; le nombre de troupes locales se situe aujourd’hui autour de 250.

Les années 2000 ont également vu naître de nouvelles formes de spectacles d’improvisation : cabaret, spectacle en bar, formes longues… avec lesquelles les concepts issus de l’école américaine sont apparus.

Développement tout aussi notoire, celui des projets éducatifs. On a cité l’exemple de Trappes, qui demeure aujourd’hui le centre le plus actif, notamment grâce aux projets animés par la compagnie Déclic Théâtre depuis plus de vingt ans. Cette école de l’impro a vu émerger de grands noms comme Jamel Debbouze, Arnaud Tsamère, Sophia Aram, Issa Doumbia et d’autres plus anonymes, qui ont tous profité de l’improvisation dans leur développement personnel et professionnel. Bien des projets ont été initiés : championnats de France juniors, projets locaux de développement de l’improvisation auprès de publics plus jeunes…

Enfin, en 2010, sous l’impulsion de Jamel Debbouze et de la Fondation Culture et Diversité, un projet de développement de l’improvisation dans les collèges a vu le jour. Réunissant aujourd’hui 9 villes, il est promis à un bel avenir grâce à l’appui marqué des instances publiques, notamment à celui du président de la République en personne !