Alain Knapp et la liberté dans l’improvisation théâtrale

Alain Knapp et la liberté dans l’improvisation théâtrale

canaliser ou émanciper

CHARTON Hervé

2017

Classiques Garnier

L'improvisation théâtrale, genre apparu récemment, gagne en popularité depuis une trentaine d'années. A travers la figure méconnue d'Alain Knapp et la notion de liberté, cet ouvrage offre des repères pour comprendre ce phénomène, en analyser les enjeux et proposer des pistes d'évolution.

Un des grands intérêts du livre d'Hervé Charton, c'est l'analyse comparative qu'il fait entre l'approche Knapp, et l'approche Johnstone.
Knapp, dans sa recherche, s'est focalisé sur l'acteur créateur, pour redonner à celui ci sa capacité à créer et donc à s'émanciper d'un système où l'interprète n'est qu'un outil d'un marché culturel. On sent poindre bien sûr l'esprit de 68, mais au-delà surgit l'idée que l'improvisateur doit s'affranchir de ses modèles, et "doit vaincre les résistances que le moi impose à l'inconscient". Une vision très personnalisée de l'acteur, qui le pousse à l'engagement et à prendre conscience de ses actes.
A l'inverse, Johnstone utilise la force du groupe pour laisser émerger la spontanéité. On construit dans la liberté collective, et l'acteur est poussé à se déresponsabiliser de ses erreurs pour laisser libre court à son imagination. Si Knapp pousse l'acteur a prendre confiance en lui, Johnstone pousse le groupe à la confiance collective et à la bienveillance.
Mais ce qui me semble très intéressant dans l'analyse d'Hervé Charton, c'est le décryptage des modèles politiques qui se dessinent sous chaque pédagogie. L'approche de Knapp se veut révolutionnaire, active, presque combative, alors que Johnstone, marqué par un système pédagogique oppressant, prône lui une liberté créatrice presque libertaire dans l'esprit. Ce qui réunit les deux, c'est la volonté de participer au changement du monde tel qu'il est.
Au-delà de cette comparaison, Hervé Charton bouscule aussi sans arrêt les idées reçues et pose les questions qui dérangent parfois. La règle absolue du "Oui, et..." n'est-elle pas une forme de soumission en imposant l'acceptation comme base de relation? En enseignant la prise de risque en improvisation, ne contribue-t-on pas à promouvoir un modèle libéral de l'engagement? Qu'est ce que l'improvisateur a à dire lorsqu'il est dans la performance? Le genre de questions qui alimentent les insomnies des improvisateurs gambergeurs dont je fais partie.
Jean Baptiste Chauvin
Source: https://www.improforma.fr/post/2017/08/29/la-libert-c3-a9-dans-limprovisation-th-c3-a9-c3-a2trale

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